Vendredi 18 février 2005
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Ce texte-là, un monument de macagna, est l'œuvre de Saietta.
Je ne résiste pas à l'envie de vous le faire partager
J'aime les continentaux
…D'abord, parce que ce sont de grands enfants naïfs, auxquels j'envie cette vision si merveilleusement simpliste du monde qui consiste à coller des étiquettes aux gens, cette formidable foi du charbonnier suivant laquelle, selon que l'on est né au sud ou au nord de la Loire, on est plus ou moins civilisé, plus ou moins honnête, plus ou moins raciste, plus ou moins chatouilleux sur l'honneur, plus ou moins attaché à ses racines, plus ou
moins respectueux des lois et de la vie d'autrui.
Je les aime aussi pour leur grande sapience, leur connaissance infaillible des autres et leur généreuse propension à diffuser ce savoir précieux. Si je n'avais jamais été à leur contact, sans doute ne serais-je qu'un être brut, fruste, qui s'ignore, une sorte de roseau qui ne pense pas. Par bonheur, à leur contact, j'ai appris qui et comment j'étais, ce que je faisais, pensais et voulais, sans en avoir conscience. J'ai appris que j'avais des vaches virtuelles qui me rapportaient beaucoup d'argent, que je ne payais jamais d'impôts, que je vivais perpétuellement en vacances… Moi qui croyais parler en toute liberté, j'ai appris que j'étais esclave de la loi du silence.
Je les aime, bien sûr, pour leur patience et leur persévérance, tant de fois démontrées s'agissant de faire entrer dans ma tête obtuse que j'étais bien ainsi qu'ils le disaient et non comme je croyais savoir être.
Je les aime aussi, pour la grande richesse de leur langue qu'ils manient tous avec tant d'aisance et de brio. Chez moi, le langage est pauvre, basique : il y a la violence, la corruption, le racisme. Nous sommes si pauvres de fait, qu'ils nous ont offert de bon cœur un mot sicilien pour désigner enfin notre incurable et déplorable penchant à observer un silence au pire coupable au mieux complice.
Car chez eux, cela n'existe pas. Eux vivent dans un monde riche en nuances où il est question de "malaise des banlieues", de "délinquance en col blanc" de "crise des valeurs" de "perte
des repères", de "difficultés de cohabitation", "dysfonctionnements du système judiciaire", "de légitime réticence à témoigner au vu de l'incurie des policiers et magistrats". J'admire et j'envie (car il est dans ma nature d'envier) cette aptitude à gratifier de grands et beaux mots de tout petits maux bénins. C'est pour moi une preuve supplémentaire de leur grand sens de l'équité.
Je les aime, encore, pour leur immense mansuétude : bien que moi et les miens formions un conglomérat informe mais au demeurant très compact régi par la peur, la violence, le mensonge, bien que nous ne fassions que des témoins très peu crédibles au 20h de France 2, ils ont la douce faiblesse de nous aimer… quand même.
Certes, ils sont nombreux. Et je n'en connais que peu, en fait. Mais ne pouvant les connaître tous, je m'en tiens à ce que je vois et lis d'eux. Je sais qu'ils me comprendront. Ils comprennent tout, eux…
: )))
Je ne résiste pas à l'envie de vous le faire partager
J'aime les continentaux
…D'abord, parce que ce sont de grands enfants naïfs, auxquels j'envie cette vision si merveilleusement simpliste du monde qui consiste à coller des étiquettes aux gens, cette formidable foi du charbonnier suivant laquelle, selon que l'on est né au sud ou au nord de la Loire, on est plus ou moins civilisé, plus ou moins honnête, plus ou moins raciste, plus ou moins chatouilleux sur l'honneur, plus ou moins attaché à ses racines, plus ou
moins respectueux des lois et de la vie d'autrui.
Je les aime aussi pour leur grande sapience, leur connaissance infaillible des autres et leur généreuse propension à diffuser ce savoir précieux. Si je n'avais jamais été à leur contact, sans doute ne serais-je qu'un être brut, fruste, qui s'ignore, une sorte de roseau qui ne pense pas. Par bonheur, à leur contact, j'ai appris qui et comment j'étais, ce que je faisais, pensais et voulais, sans en avoir conscience. J'ai appris que j'avais des vaches virtuelles qui me rapportaient beaucoup d'argent, que je ne payais jamais d'impôts, que je vivais perpétuellement en vacances… Moi qui croyais parler en toute liberté, j'ai appris que j'étais esclave de la loi du silence.
Je les aime, bien sûr, pour leur patience et leur persévérance, tant de fois démontrées s'agissant de faire entrer dans ma tête obtuse que j'étais bien ainsi qu'ils le disaient et non comme je croyais savoir être.
Je les aime aussi, pour la grande richesse de leur langue qu'ils manient tous avec tant d'aisance et de brio. Chez moi, le langage est pauvre, basique : il y a la violence, la corruption, le racisme. Nous sommes si pauvres de fait, qu'ils nous ont offert de bon cœur un mot sicilien pour désigner enfin notre incurable et déplorable penchant à observer un silence au pire coupable au mieux complice.
Car chez eux, cela n'existe pas. Eux vivent dans un monde riche en nuances où il est question de "malaise des banlieues", de "délinquance en col blanc" de "crise des valeurs" de "perte
des repères", de "difficultés de cohabitation", "dysfonctionnements du système judiciaire", "de légitime réticence à témoigner au vu de l'incurie des policiers et magistrats". J'admire et j'envie (car il est dans ma nature d'envier) cette aptitude à gratifier de grands et beaux mots de tout petits maux bénins. C'est pour moi une preuve supplémentaire de leur grand sens de l'équité.
Je les aime, encore, pour leur immense mansuétude : bien que moi et les miens formions un conglomérat informe mais au demeurant très compact régi par la peur, la violence, le mensonge, bien que nous ne fassions que des témoins très peu crédibles au 20h de France 2, ils ont la douce faiblesse de nous aimer… quand même.
Certes, ils sont nombreux. Et je n'en connais que peu, en fait. Mais ne pouvant les connaître tous, je m'en tiens à ce que je vois et lis d'eux. Je sais qu'ils me comprendront. Ils comprennent tout, eux…
: )))
Par Orsantò Miccanomi
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Publié dans : Dispetti
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